A l'issue de la deuxième journée du Tournoi des 6 Nations (victoire 26-3 sur le Pays de Galles), notre consultante en rugby féminin Laura di Muzio, commentatrice du Tournoi pour France TV Sports, nous confiait : « Il n'y a rien de pire pour le rugby et pour les fédérations que des matches avec énormément de points d'écart... »

Que dire alors d'un 57-0 sur la pelouse de Furiani deux semaines plus tard face à l'Italie ? « Je suis toujours un peu frustrée, car j'aime bien les matchs à forte intensité, où l'écart de points est très faible », confie Laura. « Mais au stade, les gens étaient ravis car ils venaient pour le jeu. Ainsi, tu peux agrandir l'intérêt du sport, au-delà de l'aspect rugbystique. Maintenant, ce n'est plus uniquement les amateurs de rugby féminin qui regardent le rugby féminin, alors qu'avant, nous étions dans notre petit microcosme. Ça, c'est une étape importante. »

Dès le début, les Françaises ont pris le match en main (38-0 à la pause), malgré un petit ralentissement en début de seconde période. « Quand tu as gagné un match qui est indécis, tu as une émotion différente », insiste Laura di Muzio. « Quand à la mi-temps le score est déjà important, l'émotion n'est pas la même. Je sais que les filles offrent du spectacle, du beau jeu, des actions que la plupart des personnes ont envie de voir. Mais je préfère clairement que l'équipe de France s'impose 50 à 0 et qu'elle gagne avec le bonus offensif plutôt qu'elles perdent de trois points et se retrouve à ne plus pouvoir jouer un grand chelem ! »

L'importance du jeu au pied

Le Grand Chelem… le mot est lâché. « Si on ne pense pas au Grand Chelem maintenant on n'y pensera jamais ! », dit-elle. « Même si après l'Angleterre il restera le Pays de Galles, que les filles ont d'ailleurs perdu il n'y a pas si longtemps que ça... Mais c'est comme les Écossais qui sont allés battre les Anglais (chez les garçons, ndlr), alors que personne ne s'y attendait. Il faut rêver un peu grand quand tu en as les moyens », clame la spécialiste du rugby féminin.

Pour réaliser l'exploit, l'équipe de France peut compter sur une solide équipe emmenée par sa capitaine Gaëlle Hermet. Un visage parmi d'autres, celui de Jessy Trémoulière, nommée d'ailleurs Joueuse du match. A elle seule, elle a passé 19 points au pied. « Aujourd'hui, au niveau où est arrivé le rugby féminin à XV, tu ne peux plus jouer sans butteuse », analyse Laura di Muzio.

« Il faut que tu aies deux ou quatre filles qui ont du pied. Parfois, les match serrés se jouent à trois points, à une transformation ratée ou réussie. Jessy a vraiment pris une grosse dimension sur le jeu au pied. Mais il te faut aussi des filles comme Caroline Boujard qui sont capables de te libérer au pied, ne serait-ce que pour te retirer de la pression. C'est un c'est un domaine dans lequel il faut progresser. »

Et contre l'Angleterre le 10 mars, sûr que le jeu au pied sera un élément clé de la victoire.